L’histoire de la reine des violettes africaines

En tant que ressource alternative, nous travaillons avec l’être humain et non le diagnostic ou l’étiquette porté. Nous voulons rehausser ce qui est vivant : l’espoir, les rêves et les projets de la personne. Voici un texte qui illustre bien notre approche du travail par les forces en lien avec l’aspect suicidaire.

L’histoire de la reine des violettes africaines

Un jour, un ancien élève du psychiatre Milton Erickson lui demande un service. Il voulait qu’Erikson rende visite à sa vieille tante. Elle se déplace en chaise roulante, est déprimée et suicidaire. Elle est catholique et pratiquante, mais depuis son accident, elle ne participe plus aux activités de sa communauté. La dame vit près de Milwaukee où Milton Erickson va bientôt donner une conférence. Le neveu est inquiet et espère qu’Erickson pourra convaincre sa tante de ne pas se suicider.

Homme de défi, Erickson accepte d’aller la rencontrer. Lorsqu’il sonne à sa porte, après plusieurs de minutes, une petite dame toute recroquevillée dans sa chaise roulante vient ouvrir. Erickson lui explique qu’il vient la visiter parce que son neveu lui a parlé d’elle et s’inquiète beaucoup pour elle. La dame accepte de le rencontrer parce que son neveu est un bon garçon. Elle ne pense pas que Milton Erickson pourra la faire changer d’idée

Dès son arrivée dans la maison, Erickson est d’abord frappé par la noirceur. Tous les rideaux sont tirés. On ne voit pas la lumière du jour. Les meubles sont sales et poussiéreux et la maison sent le renfermé. Il y règne une ambiance de triste et déprimante. La dame est triste, déprimée et dégage peu d’énergie. Milton Erickson demande à la dame de visiter la maison puisqu’étant lui-même en chaise roulante, il est intrigué par les aménagements qui ont été faits afin de lui permettre de se déplacer plus facilement avec sa chaise roulante. Ce genre d’aménagement et très rare à l’époque. La dame accepte de faire la visite, chaque pièce se ressemble, à l’exception d’une serre qui se trouve au fond de la maison. Cette pièce est complètement illuminée.

Milton Erickson remarque une variété de violettes qu’il n’a jamais vues. Il lui demande qu’elle variété il s’agit. Tout à coup, la dame se redresse dans sa chaise, son visage s’illumine et elle explique qu’elle cultive dans sa serre des violettes africaines. Elle a elle-même créé des nouvelles variétés en faisant des croisements. Elle est plutôt fière du résultat. Plus Erickson pose des questions sur les violettes, plus la dame s’épanouit.

De retour au salon, sombre et triste, elle replonge dans sa morosité, baisse la tête. Erickson lui dit : « Votre neveu m’a dit que vous vouliez mourir, il s’inquiète ». La dame répond : « C’est un bon garçon, vous lui expliquerez que ma décision était déjà prise. Je suis vieille et inutile, ma vie n’a plus de qualité » « Je ne suis pas sûr que ce soit le problème », dit-il pensif. « Il m’a aussi dit que vous étiez catholique ».

La dame est curieuse et attend la suite. « Je me demande si vous ne pourriez pas faire quelque chose pour votre communauté. » La dame est irritée : « Je ne peux plus faire grand-chose dans l’état où je suis! » « Est-ce que vous accepteriez de faire une dernière chose pour votre neveu? Quand vous l’aurez faite, vous pourrez toujours retourner à votre plan. Je ne vous demande qu’une seule chose. » La dame accepte de le faire pour son neveu. « Je voudrais que vous regardiez le feuillet paroissial chaque semaine et que vous alliez, vous-même (et il insista sur ce point) porter une violette à chaque personne ou à chaque famille qui vit une maladie, un deuil ou une naissance… Je vous demande d’offrir une violette et votre présence. Ceci est très important, je vous demande d’aller vous-même la porter. » La dame accepte de le faire tout en restant sceptique. Erickson la salue et la quitte.

Une vingtaine d’années plus tard, Bill O’Hanlon est dans le jardin de Milton Erickson, il attend la suite avec impatience. Il demande à son mentor : « Après avoir quitté cette dame, avez-vous eu des nouvelles, que s’est-il passé ? » Milton Erickson lui demande d’aller chercher un cahier où il garde des découpures de journaux. Il sort un article jauni d’un journal local de Milwaukee, qui titrait « La reine des violettes africaines est décédée, des centaines de personnes se sont déplacées pour lui rendre hommage ». L’article avait été écrit 15 ans après la rencontre de la dame et d’Erickson. L’article expliquait qu’à la suite de son décès d’une mort naturelle, il n’y avait pas assez de places dans l’église pour accueillir toutes les personnes qui tenaient à lui rendre un dernier hommage. Elle avait rencontré tellement de gens à qui elle avait donné du réconfort, ou célébré avec eux, en leur apportant une violette de sa propre serre…en leur apportant une présence, sa présence ».

Bill O’Hanlon demande à Erickson : « cette histoire est vraiment touchante, mais comment avez-vous su… » « Je n’étais pas certain, mais j’ai regardé partout autour d’elle et j’ai cherché ce qui était encore vivant. Ses violettes africaines représentaient le seul signe de vie. J’ai pensé qu’il serait plus facile de faire grandir la partie qui était encore vivante plutôt que d’enlever tout ce qui était déjà mort. Il était plus facile de faire grandir ses fleurs plutôt que d’enlever toutes les mauvaises herbes de la dépression. »